À l'occasion du déménagement de ma Maman qui se rend, pour ses vieux jours, puisqu'elle vient d'avoir 80 ans, dans une résidence pour seniors à Brive la Gaillarde, elle répartit entre nous, ses 5 enfants et ses 6 petits enfants, tout ce qu'elle ne peut pas emporter et désire dès à présent nous léguer. C'est ainsi qu'elle nous donne un lit, une armoire, un fauteuil, un meuble à chaussures, de la vaisselle qui nous rappelle nos repas lorsque nous étions enfants, tous les 7 autour de la table de la salle à manger. Il y a aussi les vases, les bibelots, traces indélébiles de notre jeunesse, de notre bien être dans cette famille où nous avons été aimés, où nous avons aimé nos parents, où nous avons aimé nos frères et sœurs, où nous avons fêté des anniversaires, des réussites, ou encore la fête des pères ou la fête des mères... Traces indélébiles des grands parents que nous avons reçus, des amis, des étrangers aussi... Traces d'un temps révolu qui nous a construits et qui scelle à tout jamais les liens familiaux qui nous unissent. Il y a enfin les décorations aux murs, nombreuses, que Maman ne peut emporter dans sa totalité, et que chacun de nous reçoit comme un morceau de vie...
Je reçois, entre autres, ce canevas que Maman a réalisé représentant trois danseurs dans un style graphique des années 70-80. Je l'ai toujours vu à la maison, il est présent sur les photos de famille, j'ai toujours aimé ses couleurs.
Je l'installe donc sur le mur de mon salon, ici à Colomiers, au-dessus du canapé, je m'assois, face à lui, et je vois d'abord un trio... Des couleurs assorties... Un mouvement harmonieux... Puis, une Trinité, moderne, qui se juxtapose avec celle de Roublev, le Père qui entraîne le Fils en union avec le Saint-Esprit dans une ronde où je suis invité à contempler quelque-chose qui me dépasse, qui m'élève, qui me remplit de joie, et qui me dit que mes parents nous ont conduits sur le chemin d'éternité, sur le chemin de l'Éternel... Nous cinq, leurs enfants, avons-nous su le percevoir ?
Il nous reste la vie à venir pour y répondre, chacun dans son cœur, chacun à sa manière, chacun avec ceux qui font désormais notre quotidien.
Ludovic
