La parabole de Jésus que nous venons d’entendre contredit le slogan : « travailler plus pour gagner plus » qu’un président de la République avait lancé lors de sa campagne électorale, il y a quelques années. Dans la parabole, les ouvriers de la première heure reçoivent le même salaire que les ouvriers de la dernière heure. Il avait été convenu, entre le maître du domaine et les journaliers embauchés tôt le matin, d’un salaire d’un denier pour la journée de travail. Le maître du domaine ne les a donc pas lésés. Mais ils sont choqués et jaloux du sort réservé à ceux qui n’ont travaillé qu’une heure. Beaucoup d’entre nous ne comprennent pas l’attitude du maître, parce que nous sommes tentés de suivre l’esprit du monde plutôt que de chercher à comprendre les pensées de Dieu. « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins ».
Le monde met l’argent, le gain, l’enrichissement personnel, au sommet de la hiérarchie de ses valeurs. Plus une personne est riche, plus elle mérite respect et considération. L’argent est une véritable idole et le vrai pouvoir qui domine le monde. Hélas, nous en avons des exemples dans l’actualité.
Dieu, Lui, veut le développement intégral de chaque personne humaine et de toute l’humanité, dans le respect de son environnement. Et ce développement passe par le don de soi et le partage des biens.
A l’origine Dieu a confié le monde à l’être humain « pour qu’il le travaille et le garde ». En quelque sorte, l’être humain a été fait « jardinier » de la création. Ainsi l’humanité, par son travail, collabore à l’œuvre de la création. Elle en tire sa nourriture et son vêtement, sa maison et les moyens d’une vie en société, tout en respectant son environnement qu’elle doit entretenir et mettre en valeur. L’Evangile ne cesse de nous rappeler que le but de la vie, ici-bas, n’est pas l’enrichissement personnel, même s’il est le fruit d’un travail honnête, mais le bien de chacun et de tous. Le but de la vie est l’édification du Royaume de Dieu, le rassemblement de toute l’humanité dans le monde de la résurrection, où Dieu sera tout en tous. Nous n’emporterons rien de nos comptes en banque, au ciel. Là-haut, nos richesses intérieures, nos dons, nos charismes, seront partagés à tous. Donc, ici-bas, il ne s’agit pas tant d’acquérir pour soi que d’être riche en vue de Dieu, comme le dit Jésus, et en vue du bien de tous ; notre vocation n’est pas d’accaparer, mais de recevoir et de donner.
Le souci de Dieu, si je peux parler ainsi, est que chaque être humain soit reconnu dans sa dignité et puisse, par son travail, avoir de quoi se nourrir et nourrir sa famille, et faire du bien autour de lui. Le chômage est déshumanisant, et il a un impact immédiat sur la famille qui risque de tomber dans la misère. « Personne ne nous embauché ! », disent les ouvriers de la dernière heure : rien n’est plus dégradant que de se sentir inutile, de se sentir de trop, incapable. Hélas, combien de personnes vivent ce genre de situations. Avoir du travail est valorisant et humanisant ; on se sent utile à la société, et on peut obtenir de quoi vivre. Est-il humanisant de gagner plus et d’être indifférent à ceux qui n’ont ni travail ni argent ?
Le maître du domaine est juste envers les ouvriers de la première heure, qui ont reçu le salaire convenu, et généreux envers les ouvriers de la dernière heure. Ceux-ci, par ce travail d’une heure, ont retrouvé un peu de dignité et, par la générosité du maître, ont de quoi nourrir leur famille.
Cet évangile nous fait réfléchir de manière nouvelle au rapport entre travail et argent. Le travail et l’argent sont ordonnés à l’être humain et non le contraire, et, pour cette raison, ils doivent intégrer ce qui est le propre de l’humain : la logique du don. Cela implique d’introduire une certaine notion de gratuité entre le travail et l’argent, tout en respectant une rétribution juste du travail. Le pape Benoît écrivait, dans son encyclique « Caritas in Veritate » : « dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale ».
Votre nouveau curé est installé officiellement aujourd’hui. Il est là au milieu de vous comme le « sacrement du Christ », c’est-à-dire signe de la présence agissante du Christ au milieu de vous ; à travers votre curé, c’est le Christ qui vous annonce la Bonne Nouvelle du Salut, qui agit dans les sacrements, qui conduit la communauté vers les bons pâturages. Le curé est collaborateur de l’évêque et donc en communion profonde avec lui, dans le presbytérium qui est le corps composé de l’évêque et des prêtres au service du diocèse. Le curé n’agit jamais seul, mais en lien avec l’évêque et ses frères prêtres dans l’ensemble du diocèse ; il a mission d’encourager chacun de vous à prendre une place active dans la communauté et à participer à la mission de l’Eglise par le désir de suivre le Christ et de Le servir, dans la famille, dans la paroisse, dans la vie professionnelle, dans le monde. Le curé ne peut rien faire sans vous ; chacun de vous est appelé à mettre au service de la communauté et de la mission les dons qu’il a reçus. Ce qui se vit dans la paroisse doit être un témoignage pour tous les habitants de Colomiers, et peut aider à remettre de la gratuité et la logique du don dans les relations humaines et dans le travail, pour une société plus fraternelle.
L’humanisation du monde passe par la redécouverte de la logique du don. Que le Seigneur nous donne d’en témoigner.
+ Guy de Kerimel
Archevêque de Toulouse
