Nous aimons toujours réentendre cette parabole de l’enfant prodigue ou du Père miséricordieux. Et St Paul introduit bien cette parabole en insistant sur la réconciliation. Le mot ou verbe « réconcilier » est répété 5 fois dans le passage de la deuxième lettre aux Corinthiens que nous venons d’entendre : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu» dit-il. Car dans cette parabole, nous ne sommes pas spectateurs de ce qui arrive au fis le plus jeune, nous pouvons nous mettre à sa place. Nous avons besoin nous aussi de nous réconcilier avec nous-mêmes, de nous réconcilier avec Dieu, de nous réconcilier avec nos frères et sœurs.
Nous avons pu nous égarer nous aussi, faire des mauvais choix qui nous mènent vers des impasses. Le fils cadet se retrouve dans la misère après ses mauvais choix égoïstes. La misère matérielle : il a faim. Mais la misère affective aussi : il est seul, il est loin de la source de l’amour. Mais cette source n’est pas tarie. Le père attend son fils le temps qu’il faut, il le guette, et quand il le voit revenir enfin, il court vers lui et l’embrasse, il oublie même de le gronder, il lui redonne sa dignité de fils.
Le fils aîné mettra plus de temps à accueillir son jeune frère, espérons qu’il le fera. Pour l’instant, il reste dans le jugement et la jalousie. Il ne comprend pas comment son père peut pardonner la faute de son frère, qui a déjà gaspillé son héritage et qui l’a laissé travailler tout seul… Nous sommes souvent dans le jugement. Nous voulons nous comparer. Alors que Jésus insistera : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime ». Notre jauge, c’est l’amour que nous recevons du Père. Il nous aime, il nous pardonne, alors c’est de cette façon que nous devons nous aimer nous-mêmes. Nous sommes aimables ! Il ne faut pas nous déconsidérer. Et nos semblables, d’autant plus s’ils sont nos frères et sœurs de sang, nous devons être capables de les aimer, de les pardonner.
Je reviens à St Paul. Il nous dit que si nous sommes dans le Christ, nous sommes des créatures nouvelles. « Le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est déjà né ». En quoi notre foi nous renouvelle ? En quoi nos regards sur nous-mêmes et sur le monde sont-ils transformés ? Comment participons-nous à ce monde nouveau ?
Le monde ancien, c’est celui du fils qui réclame sa part d’héritage. C’est le matérialisme, l’individualisme, ou même la dépravation. C’est aussi le monde du travail si, comme avec le fils aîné, il se vit sans cœur. Alors que le travail est un bien qui participe au bien commun, le bien commun étant une terre habitable par tous, et aussi la paix, le partage, la fraternité. C’est à cela que l’on doit travailler. Le verbe travailler est à prendre au mode actif mais aussi passif : être travaillé par l’Esprit-Saint. C’est cela que le Christ nous permet par sa mort et sa résurrection.
Pâques, c’est le passage du monde ancien vers le monde nouveau. Qu’avons-nous à laisser mourir dans nos penchants plutôt égoïstes et stériles pour naître à ce monde de partage, de réconciliation ?
Le père, après avoir serré son fils dans ses bras, lui donne les plus beaux vêtements, lui met une bague au doigt, le chausse de sandales. Il lui redonne sa dignité. Aujourd’hui on parle de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté et qui sont malheureusement trop nombreuses en France ou dans le monde entier. Il y en a aussi trop qui vivent sous le seuil de dignité, par manque d’amour et d’estime. Nous avons tous la même dignité, d’être créés à l’image de Dieu. Mais cette dignité est trop souvent enfouie et bafouée. Que notre foi nous aide à voir au-delà des apparences. A voir en l’autre un frère ou une sœur à aimer, à habiller, à visiter pour lui redonner confiance. Et à travers lui ou elle, c’est le Christ que nous rencontrons dans sa Passion.
Que cette fête de Pâques qui approche, victoire de l’amour sur le mal, nous remplisse d’espérance, espérance en un monde nouveau. La guerre, la violence, le réchauffement climatique, ne sont pas des fatalités. Ils peuvent être vaincus par le réchauffement des cœurs, par l’amour miséricordieux du Père, qui nous redonne la vie par son amour infini.