Arrivés à pied l'an dernier à St Jean pied de port avec ma sœur Delphine en provenance de Lourdes, nous nous étions promis de continuer cette année le camino frances en Espagne. Ce chemin est le plus classique et le plus fréquenté par les pèlerins du monde entier qui cheminent vers Compostelle.
Cependant, Delphine nourrissait une appréhension quant à son genou qui avait fait des siennes en gonflant et l'empêchant de marcher lors des deux dernières étapes...
Or, la donne changea lorsque Cathy, la directrice des pèlerinages du diocèse de Toulouse, proposa une formule innovante de relier St Jean pied de port à Compostelle en 7 jours.
En effet, l'idée serait de marcher un peu chaque jour et de terminer l'étape en car pour atteindre notre hébergement. Je tenais là une solution pour Delphine et son genou capricieux et lui proposai la formule.
"Mais bien sûr Ludo, c'est ça qu'il me faut !" me lança-t-elle, voyant là une solution pour terminer ce pèlerinage qui nous tenait chacun à cœur.
L'inscription faite, nous nous retrouvons le 1er juin à 7:00 au Christ Roi avec 31 autres pèlerins pour monter dans le beau car qui va nous conduire directement à St Jean pied de port, lieu de confluence de la plupart des chemins traversant la France, venant d'Arles, du Puy, de Vézelay ou encore de Chartres.
Nous marchons, peu, nous visitons, nous mangeons, nous célébrons, nous chantons, nous partageons, nous rions, nous dormons...
Chemin du pauvre... Quoi donc ? Car climatisé, hôtels de bon standing, repas délicieux, chambres confortables, organisation et encadrement irréprochables, temps de marche réduit... Oui, c'est ça : les pèlerins que nous sommes sont pour certains fatigués, marchent souvent avec difficulté ou pas du tout, ont mal ici ou là, ont besoin de bâtons de marche même pour faire 50 mètres, ont l'impossibilité de faire une déambulation en ville, ont l'obligation de tout faire en car... Pauvreté... Acceptation de la dépendance... Limitation des corps fatigués, âgés, très âgés pour certains.
Elle est là la pauvreté, mais la réconciliation aussi...
En effet, en permettant à des pèlerins, parfois diminués physiquement à cause de l'âge ou de la maladie, de faire le Chemin, c'est une réconciliation avec son corps, avec son esprit aussi car le pèlerinage est aussi - surtout ? - intérieur.
Et enfin, grâce aux offices du matin dans le car, aux messes quotidiennes, aux temps de méditation ou de prière dans les églises, c'est une réconciliation avec le Très Haut, le Tout Puissant, le Miséricordieux, le Créateur.
Alors, en route ensemble vers Santiago, nous cheminons comme nous sommes, avec nos pauvretés, avec nos limites, mais sûrs d'arriver dans la cité tant désirée qui rassemble une multitude de pèlerins du Monde entier venus déposer qui une intention, qui un remerciement, qui une demande de pardon, qui une demande de réconciliation.




